Game Pass: Les bons et les mauvais points

Mine de rien, le Game Pass fait beaucoup parler de lui. On peut même dire qu’il déchaine les passions. Entre ceux qui vantent continuellement ses bienfaits depuis toujours d’un côté, ses détracteurs de l’autre, et ceux qui sont intrigués ou qui ont été récemment convertis, le service de Microsoft ne semble pas laisser indifférent. Je vous propose aujourd’hui de faire le tour des points forts et des actuelles faiblesses de ce que beaucoup nomment déjà le Netflix du jeu vidéo.

Les points forts du service

-1- Une offre tarifaire imbattable

Premier point positif, et non des moindres, l’offre tarifaire est très séduisante. Mettons de côté les offres promotionnelles du genre 1€ le premier mois et concentrons-nous sur le tarif plein. Si le Game Pass console “simple” et le Game Pass PC sont tous les deux au même prix de 9,99 euros par mois, le Game Pass Ultimate se veut un peu plus cher puisque son tarif mensuel est de 12,99€.

Mais pour 3€ de plus vous avez accès à la fois au Game Pass PC et Console, ainsi qu’au Xbox Live Network (l’abonnement pour jouer en ligne qui coûte 6,99€ par mois), à l’EA Play (3,99€ par mois), ainsi qu’au X-Cloud qui n’est pas disponible par un autre moyen (pour le moment ?). Un joueur qui souhaiterait s’abonner à tout ceci sans passer par cette offre en aurait normalement pour 30,96€ par mois, et sans avoir le X-Cloud, l’offre est donc plus qu’intéressante.

Un autre avantage se retrouve dans le système de points rewards. En effet, Microsoft propose de gagner des points en jouant à des jeux du Game Pass, en remplissant des défis ou en faisant des achats. À un certain niveau, vous pourrez échanger ces points contre des cartes cadeaux, participer à des concours ou même récupérer directement des mois supplémentaires de Game Pass.

-2- Le contenu impressionnant

Si Microsoft ne cesse de faire la promotion de son service en annonçant “+ de 100 jeux”, il est important de préciser que cette promesse est bien en dessous de la réalité. À l’heure où j’écris ces lignes, les abonnés ont accès à un peu moins de 400 jeux sur Xbox, plus de 250 jeux sur PC, et parmi ces jeux, environ 230 sont compatibles avec le X-Cloud.

A noter que, si certains jeux sont assez anciens, permettant dans certains cas de redécouvrir des titres emblématiques, Microsoft promet que tous les jeux issus de ses propres studios sortiront sur le service dès le premier jour de leur commercialisation. Vu que Microsoft a fait beaucoup parler de lui pour ses nombreux rachats de studios depuis quelque temps, ça veut dire qu’en plus des prochains, Halo, Gears, et Forza, vous verrez débarquer “day one” sur le service les prochains Hellblade, The Elder Scroll, Doom, Psychonauts, etc. De plus, certains éditeurs tiers commencent aussi à sortir leurs jeux dès leur disponibilité dans le commerce, ça a été le cas de Sega par exemple avec Street of Rage 4, et Square Enix suit le mouvement avec Outriders qui devrait sortir dans quelques jours. En outre, Electronic Arts a accepté d’intégrer son propre service, l’EA Play. Ce dernier ne propose certes pas les jeux de l’éditeur immédiatement, mais avec quelques mois de décalage ce qui est déjà pas mal.

Enfin, le contenu ne se résume pas à un nombre de jeux plus ou moins récent, il y a aussi la diversité à prendre en compte, et, de ce point de vue-là, on peut dire qu’il y en a vraiment pour tous les goûts, du jeu de stratégie au survival horror, en passant par les jeux d’aventure, les J-RPG, les jeux de course ou des concepts indéfinissables (on va même avoir droit à une simulation de tondeuse à gazon…si, si !), tout le monde trouvera son bonheur.

-3- La modularité du Game Pass Ultimate

Depuis des années, Phil Spencer prône les bienfaits de laisser le choix au gamer de jouer où il veut et sur la plateforme de son choix. Un premier essai avait été fait avec le programme Xbox Play Anywhere, qui consistait à acheter une seule fois un jeu pour pouvoir y jouer indifféremment sur PC ou sur sa console. A l’heure actuelle, près de 180 jeux apportent cette possibilité, mais ce rêve d’être libre de jouer où et quand on veut va vraiment se concrétiser avec le Game Pass Ultimate, et plus particulièrement grâce X-Cloud.

En effet, en souscrivant au Game Pass Ultimate, vous aurez accès au Game pass PC et Console, mais aussi au X-Cloud qui permet aujourd’hui de jouer en streaming sur les appareilles Android (Smartphones et tablettes). Le plus beau étant qu’à l’avenir, le X-Cloud permettra de jouer depuis un appareil sous ios, sur PC (pour ceux qui ont une config un peu faiblarde ou peu de place sur le disque dur) et même Xbox. L’intérêt pour cette dernière ? Pouvoir jouer sans installer ses jeux, et, à terme, avoir accès aux jeux de la qualité Xbox Series X depuis une Xbox One ou une Series S. En effet, si les serveurs du X-Cloud utilisent la technologie de la Xbox One X, Microsoft a d’ores et déjà prévu de la remplacer par celle de la Xbox Series X.

-4- Une aubaine pour les développeurs comme pour les joueurs.

On l’a vu plus haut, l’une des grandes forces du Game Pass c’est la diversité des jeux qu’il propose. Cette diversité est, en partie, due au business modèle. On en parlait déjà l’année dernière (ici), pour Microsoft, la rentabilité de chaque jeu n’est plus une fin en soi car si certains rapporteront de l’argent via les microtransactions, d’autre serviront de produit d’appel et d’autre encore auront pour rôle de fidéliser le joueur. Ainsi, Microsoft n’a plus intérêt de miser uniquement sur les valeurs sûres dans les périodes les plus propices (souvent noël) comme le font tous les éditeurs, mais va devoir au contraire se diversifier au maximum et tout au long de l’année pour attirer toujours plus de joueurs. C’est ainsi que la firme de Redmond laisse une grande liberté à ses studios first party, leur permettant de tester des choses, comme Bleeding Edge et Project Mara pour Ninja Theory ou encore Grounded pour Obsidian. Peu importe que ces jeux fassent de bonnes ventes ou pas, ils participent à développer le Game Pass et c’est ce qui compte.

Pour les développeurs indépendants, le Game Pass est l’assurance d’une meilleure visibilité, Microsoft mettant en avant les jeux via différents procédés comme le récent showcase id@xbox, l’affichage des dernières arrivées sur le service, ou encore les défis rewards. Cette visibilité est une publicité en or pour les indépendants, permettant de vendre leurs jeux, aussi bien sur Xbox (les jeux tiers ne restant pas définitivement dans le service, les joueurs qui les apprécient peuvent vouloir les acquérir pour les conserver), que sur les autres plateformes. Pour preuve, Mike Rose, le fondateur de No More Robots, a déclaré que depuis qu’il est dans le Game Pass, le jeu Descenders a vu ses ventes multipliées par 5.

Ajoutez à ça la rémunération de Microsoft, les jeux n’arrivent pas sur le service de streaming sans contreparties, Phil Spencer ayant expliqué auprès du site The Verge, qu’il n’y avait pas un seul type de contrat, mais une multitude pour s’adapter aux besoins de chacun. Ainsi, les studios peuvent négocier une rémunération en fonction de l’utilisation, d’autres préfèrent une somme fixe, ou d’autres encore se font financer le développement du jeu par Microsoft.

Quant aux éditeurs tiers, outre la publicité autour des jeux, et, dans certains cas, un second lancement après une période d’exploitation commerciale terminée (quelques mois pour la plupart des jeux) le Game Pass accroit naturellement le nombre de joueurs, ce qui dans certains cas, empêche la désertion trop rapide des serveurs, et dans d’autres augmente les revenus liés aux DLC et autre Microtransactions. Sega avait expliqué à Eurogamer, que le jeu Two Point Hospital avait touché plus 3 millions de joueurs grâce au Game Pass. Plus impressionnants encore, les revenus liés au service de Microsoft auraient permis à Sega de financer 3 jeux.

Enfin, pour les joueurs, c’est l’opportunité de s’essayer à des jeux qu’il n’aurait pas spontanément achetés en temps normal, et ainsi de découvrir des pépites qu’il aurait manqué sans l’abonnement. D’ailleurs le nouveau slogan de Microsoft est très révélateur de ce fait : “Découvrez votre prochain jeu préféré”.

Les points négatifs

Malheureusement rien n’est jamais parfait, et il y a quelques ombres au tableau.

-1- Les revendeurs trinquent

Le dématérialisé a subi une accélération phénoménale ces dernières années, et la crise sanitaire n’a rien arrangé pour les fans du format physique, bien au contraire. Même si on peut légitimement se dire que c’est dans la logique de l’évolution du marché comme c’est le cas pour le cinéma (Netflix, Disney+…) ou la musique (Spotify, Deezer…), on ne peut nier que ça a un impact sur un business model vieillissant, et donc sur les commerces de proximité qui en vivent.

-2- Des efforts à faire en termes de clarté

Si le joueur renseigné s’y retrouve aisément, le nombre d’offres d’abonnements risque de perdre le grand public. Entre le jeu en ligne et les différentes offres Game Pass, ça fait un panel de 4 abonnements rien que pour Microsoft, l’offre n’est donc pas si facile que ça à appréhender pour un joueur occasionnel. Pire, certaines fonctionnalités ne sont pas clairement mises en avant pour celui qui ne fait pas l’effort d’approfondir le sujet. Je parlais plus haut des points rewards qui sont assez peu connus, même auprès des joueurs, mais je viens de découvrir un autre exemple encore plus frappant.

Lorsque j’ai commencé la rédaction de cet article, je m’apprêtais à mettre dans les points négatifs l’absence de contrôle parentale. En effet, se dire que son enfant peut, potentiellement, avoir aussi facilement accès a Gears ou Resident Evil qu’a Minecraft a de quoi refroidir, mais mes recherches m’ont fait découvrir que cette fonctionnalité existait sous forme d’une application appelée Xbox Family Setting. Une application qui permet de restreindre le compte de nos progénitures aux jeux de son âge ou d’avoir le contrôle sur son temps de jeu. C’est là que je me suis dit que, si même moi qui suit plutôt bien renseigner, je n’avais jamais entendu parler de cette application, alors beaucoup de monde à dû passer à côté également.

-3- Le risque d’overdose ?

Je l’avoue avec un peu de honte, mais à certaines époques, j’ai cédé aux sirènes du piratage. Tout d’abord sur CPC 6128, puis sur Dreamcast, Nintendo DS et Wii. Au final, à chaque fois, la profusion de titres faisait que je voulais tout essayer, et très vite je perdais goût au jeu, je n’étais plus un joueur mais un “testeur de jeu”, si un titre ne m’accrochait pas dans les 5 minutes je zappais au suivant. Finalement, sur Dreamcast j’ai repris goût au jeu en rachetant les titres au fur et à mesure, sur DS en me focalisant sur seulement quelques jeux, et sur Wii…bah elle a fini par prendre la poussière.

Pour ne pas vivre le même phénomène avec le Game Pass, je me concentre sur pas plus de 2 ou 3 jeux à la fois, et ça marche ! Je n’ai jamais autant joué que depuis que je suis abonné, ce dernier point est donc plus une mise en garde pour les joueurs : Gardez toujours en tête que vous ne pourrez jamais jouer à tout alors n’essayez pas de tout tester, soyez curieux, essayez de nouvelles expériences, mais prenez aussi le temps de savourer les jeux, vous ne le regretterez pas.

cajp

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This Post Has One Comment

  1. Darkfoxx

    Encore un superbe article de Cajp ! Merci beaucoup pour cette lecture 🙂

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