Notation des jeux, à qui se fier?

Depuis l’époque des magasines papier, les notes sont le moyen préféré des testeurs pour évaluer un jeu et ainsi conseiller, ou non, son achat aux joueurs en demande d’avis éclairés. Mais est ce toujours pertinent?

Depuis quelques jours, un jeu fait parler de lui pour la polémique autour de sa notation: The Last Of Us 2. Pourquoi évoquer ce jeu sur Microsoft Waypoint, alors que c’est une exclusivité sony? Tout simplement car c’est un cas d’école qui illustre parfaitement les problématiques du système de notes.

Le site Metacritic, a pour but de compiler plusieurs notes évaluant les jeux, films, émissions télévisées et albums musicaux du moment, afin d’en livrer une moyenne. Il donne également la possibilité aux joueurs ou aux spectateurs de donner leur avis. Le cas de The Last Of Us 2 est intéressant dans la mesure où l’écart entre la moyenne des notes des testeurs professionnels (Metascore), et celle des joueurs (User Score) est historique.

Ainsi, avec 95/100, les sites ont fait un accueil plus que chaleureux au titre de Naughtydog, on peut dire pour résumer que, selon eux, c’est un must have, le jeu ultime. En effet c’est une moyenne que très peu de jeux ont réussis à atteindre. Le problème vient de l’User Score. Avec une moyenne de 3,3/10 à sa sortie (remonté à 4,8 au moment où j’écris ces lignes), le jeu était globalement vivement critiqué par les joueurs. Que s’est il passé? A qui doit on faire confiance si on veut être sûr de son investissement en achetant un jeu? Essayons de répondre à ces questions en analysant la situation.

Premier élément: Metacritic

Là déjà, les premiers couaks commencent. Metacritic est loin d’être le site infaillible que beaucoup imaginent. Premier problème, tous les jeux ne sont pas logés à la même enseigne. Il suffit de surfer 5 minutes sur le site pour se rendre compte que toutes les moyennes ne sont pas calculées en fonction du même nombre de notes ni des mêmes sites. Il est, dés lors, aisé de comprendre qu’une moyenne basée sur une dizaine de tests est moins représentative qu’une autre basée sur une centaine d’avis.

En outre, toutes les critiques ne donnent pas une note sur 100, certains donnent jusqu’à 5 étoiles, d’autres notent sur 20, d’autres encore ont un système de lettres (A+, B-, etc…), et Metacritic se charge de convertir tout ça. Pire, pour les sites qui ne donnent pas de notes, c’est Metactitic qui la définit, voici ce qu’on peut lire sur leur FAQ:

« Pour les critiques qui ne fournissent pas de notes, nous attribuerons une note de 0 à 100 sur la base de l’impression générale donnée par le test. »

Mais l’élément le plus obscur des pratiques de Metacritic est que ces fameux Métascores sont des moyennes pondérées, c’est à dire que toutes les notes n’ont pas la même valeur. En effet, Metacritic applique un coefficient entre les différents sites. Certaines notes ont ainsi plus de valeur que d’autres. Officiellement, selon le site, c’est parce que tous les tests ne se valent pas, certains sites offrant des critiques plus détaillées et plus « perspicaces ». Mais concrètement, le lecteur n’a aucun moyens de savoir quels sont les rédactions qui ont un plus gros coefficient que les autres.

Bref Metacritic fait absolument ce qu’il veut, ce qui rend la comparaison précise entre les moyennes très peu pertinente. Au mieux on peut considérer que cette moyenne donne une tendance globale de l’accueille critique qu’à reçu un jeu.

Deuxième élément: les testeurs

Alors là, je m’attaque à un sujet très polémique. Les testeurs sont souvent vu soit comme des connaisseurs et des passionnés à l’avis éclairé, soit comme des vendus. La réalité n’est pas aussi simple, et pour tout dire, s’avère assez complexe. Tout d’abord il est bon de rappeler qu’en plus des journalistes spécialisés, aussi bien sur internet que dans la presse papier, les You Tubeurs se sont invités à la fête. Un nom leur à été attribué pour l’occasion: « influenceurs ».

Il est difficile de détailler tous les cas de figures en fonctions des différentes situations, mais globalement tout ce beau petit monde se voit confronté à plusieurs facteurs qui empêchent de donner une vision objective de la qualité d’un jeu. Oui je l’affirme haut et fort, l’objectivité n’existe pas. On a tous un passif vidéoludique, et des goûts qui vont faire qu’on prend plus de plaisir sur un jeu que sur un autre.

C’est ainsi que j’ai déjà vu des joueurs défendre un mauvais test (pas dans le sens mauvaise note, mais un test dont les arguments paraissaient très peu pertinents) avec pour justification « oui mais faut le comprendre, il n’aime pas les FPS ». La solution à ça? Certains essayent de trouver un testeur qui a à peu près les mêmes goûts qu’eux, le raisonnement se défend, après tout, personne ne peut donner un avis universel, la définition de l’avis étant d’être subjectif.

Spencer presents Series XMais si ce n’était que ça, ce serait à moindre mal, le problème est que les sites internet et les influenceurs dépendent du nombre de vus pour vivre de leurs revenus publicitaires, ils sont donc soumis à 2 problématiques: attirer des lecteurs et des annonceurs. Ils sont donc directement dépendants des éditeurs qui signent des contrats publicitaires avec eux, mais aussi qui leurs fournissent les codes review pour tester les jeux avant leurs sorties ou les invitent à des séances preview et divers autres évènements, permettant donc de proposer du contenu dont les lecteurs sont friands.

Se montrer trop sévère lors d’un test c’est donc potentiellement se mettre à dos un éditeur qui peut vous blacklister et donc vous rendre la vie très difficile, voir menacer la survie même de votre site, car si vous devez attendre qu’un jeu sorte dans le commerce pour pouvoir en faire la critique, votre publique aura été chercher l’information ailleurs et votre test aura beaucoup moins d’impact quand il sortira.

Les éditeurs ont donc un énorme pouvoir de pression et ils l’utilisent, on se souviendra par exemple du cas Gamekult, blacklisté par Sony après le test de Heavy Rain (6/10), d’Activision qui a menacé plusieurs rédactions de « rompre tous liens », s’ils ne retiraient pas les articles parlant du référencement précoce de Call Of Duty Black Ops 2 sur Amazon, ou encore de l’affaire Jeff Gerstmann, qui, suite à la pression d’Eidos, fut licencié par Gamespot pour avoir été trop sévère concernant le jeu Kane & Lynch.

On pourrait se dire que c’était une autre époque, mais pour revenir à l’exemple de The Last Of Us 2, plusieurs testeurs se sont plaint de ne pas avoir reçu de copies du jeu, Sony s’étant visiblement montré plus sélectif qu’à l’accoutumé, l’avocat Richard Hoeg parlant de « stratégie de copies review » et insinuant que ceux qui recevaient le jeu en avance étaient aussi les plus enclin à faire de bonnes critiques. Une stratégie payante? Peut être bien, mais ça met le doute sur la sincérité des notes, celles de The Last Of Us 2 étant si élevées que certains joueurs ont crié à la corruption. Devant cette vague de colère, un testeur Taïwanais à même reconnu avoir gonflé la note pour « rester en bon terme avec Sony ».

Si l’exemple ici est un jeu Sony, gardez à l’esprit que la firme nippone est loin d’être la seule, n’avez vous jamais remarqué que certains testeurs ont parfois une note très élevée alors que le contenu est plutôt critique? Ce qu’on voit en premier c’est la note, et c’est aussi ce que voient les éditeurs qui ne lisent pas en détail chaque test. C’est pourquoi il est important de faire abstraction de cette sacro-sainte note et de se cthulhu-16concentrer sur l’argumentation du rédacteur.

A l’inverse, les sites et influenceurs en bon terme avec les éditeurs reçoivent régulièrement des « kit presse » parfois vraiment prestigieux qui font le bonheur des collectionneurs et mettent les « partenaires » qui les reçoivent dans de bonnes dispositions pour la suite. Qui n’aime pas les cadeaux?

Enfin, un dernier élément vient influencer la rédaction d’un avis: la communauté. En effet, un site ou un You Tubeur se forge, au fil des année, une communauté qui a forcément une préférence globale, et aller à l’encontre de leurs attentes c’est risquer de les voir partir ailleurs, ou à minima se prendre une vague de mécontentement. C’est ce qui est par exemple arrivé au site Naughty Dog Mag’ qui à dû se justifier de n’avoir mis « que » 18/20 au dernier jeu de Naughty Dog.

Troisième élément: l’avis des joueurs

Comme je l’ai dit au début de cet article, l’écart entre les notes de la presse et celle des joueurs est historique, pas uniquement sur Metacritic, mais aussi sur plusieurs forums et sites qui laissent les joueurs donner leur propre note. Dés lors, toute la presse et tous les fans du jeu parlent de « Review Bombing » qui consiste à ruiner la moyenne d’un jeu en lui mettant, à dessein, une note exagérément basse (souvent 0 ou 1/10).

Mais pourquoi faire ça? La première explication vient des trolls, fans de la marque represaille 1concurrente. Dans le cas de The Last Of Us 2, celui d’une exclusivité Sony donc, c’est de fanboys Microsoft dont il s’agit, mais la réciproque est vrai aussi (la preuve ci-contre). Cela dit l’inverse existe également et des fanboys de la console concernée n’hésitent pas à dégainer le 10/10 sur un jeu qu’ils n’ont parfois pas encore acheté. Ainsi, cette moyenne des utilisateurs va connaitre un point d’équilibre. En effet, un 0/10 et un 10/10 vont donner une moyenne de 5, la PS4 étant 3 à 4 fois plus vendue, il y aura donc mathématiquement plus de personnes qui mettront 10 que de personnes qui mettront 0.

une autre explication avancée par certains de ce Review Bombing, serait du côté des homophobes, on se souviendra que le baisé lesbien d’Ellie et de Dina, aperçu lors du trailer dévoilé à l’E3 2018, avait fait polémique. Cela dit, d’autres jeux ont exploré l’homosexualité sans que ça ne choque plus que ça, mais on voit qu’un bad buzz peut influencer les gens, et The Last Of Us 2 en a connu un autre avec les leaks parus un mois avant.

Enfin, il reste tout simplement ceux qui ont mis des notes basses, entre 4 et 6, sans vouloir basher le jeu. ces derniers ont pu avoir été déçus suite à une hype beaucoup trop élevée. la presse avait promis le jeu parfait et il s’avère qu’il a des défauts, du coup, la frustration à pu exacerber la tentation de se montrer bien plus sévère que de raison.

Du coup, à qui se fier?

Le plus simple est bien entendu de se faire son propre avis, mais on ne peut pas acheter tous les jeux. C’est pourquoi les abonnements comme le Xbox game Pass sont une bonne solution pour une partie de l’offre vidéo ludique, mais ça ne couvre malheureusement pas toutes les sorties. Le mieux à faire est donc d’échanger avec le maximum de personnes, de lire le maximum d’avis argumentés (positifs comme négatifs), d’en ressortir les points récurrents et de définir ceux qui sont importants à vos yeux. Vous verrez qu’une note c’est juste un chiffre, vous pourrez vous éclater sur un jeu mal noté et vous ennuyer sur une « référence » car tout le monde n’a pas les mêmes attentes, pour certains c’est le scénario, pour d’autres le gameplay, pour d’autres encore c’est l’ambiance, etc… Si vous savez ce que vous attendez d’un jeu, vous serez plus à même de faire les bons choix.

4 commentaires sur « Notation des jeux, à qui se fier? »

  • ça fait un bail que je ne me fie plus aux tests et encore moins aux notes en ce qui me concerne.
    Le jour ou les testeurs retrouveront une éthique au lieu d’être des vendus alors peut etre que je réviserai mon avis.
    Même métacritic s’y met en bloquant des tests négatifs de joueurs sur tlou 2,le test a beau être clair,argumenté,si la note est mauvaise,bizarrement tu ne peux pas le mettre,par contre dans le cas contraire ça passe nickel bizarrement.

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      • Je ne suis pas surpris, c’est Gamekyo. Ce site se complait dans une culture du harcèlement cautionné par la modération. Quelques « têtes d’affiches » sélectionnent des morceaux choisis, les affichent hors contexcte et t’attribuent des propos ou des intentions que tu n’as jamais eu.
        Quelques moutons les suivent pour former une minorité bruyante et toxique. Parfois ça va jusqu’aux insultes ou menaces…pour des jeux vidéo.
        C’est pourquoi on est plusieurs de Microsoft Waypoint à avoir quitté ce site d’ailleurs.

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